Rencontrons Mathieu Lippé

Par Sandrine Comeau et Vanessa Huard-Zamorano

mathieu lippé

Le vendredi 21 mars dernier, l’Académie a eu l’honneur d’accueillir Mathieu Lippé, un jeune chanteur québécois. Natif du Bas du Fleuve, celui-ci a fait ses études en littérature à l’Université de Sherbrooke. Depuis une dizaine d’années, Mathieu Lippé se produit sur scène à travers le Québec et autour du globe. Étant un spécialiste de la poésie, du slam et du chant, celui-ci a fait découvrir ses talents en France, en Suisse, en Roumanie, en Pologne, en Lituanie, au Liban et en Inde.

C’est donc dans cette optique que ce chanteur est venu nous rencontrer à l’école. Il nous a raconté ses anecdotes rocambolesques de voyages, des histoires qui font réfléchir et des contes. De plus, il a interprété des chansons de son dernier album ‘’Voyage’’. Personnellement, j’ai bien aimé cette rencontre, car Mathieu Lippé m’a fait découvrir un nouveau style à travers ses chansons et ses slams. N’étant pas une fan de ce genre d’oeuvres, il a réussi à me faire apprécier une pièce nommée ‘’ Slam des pays’’ dans laquelle il fait de nombreux jeux de mots très intéressants avec les noms des nations et pays du monde. De plus, le fait qu’il ait raconté ses histoires en chantant a rendu son numéro original et divertissant.
Avant ce spectacle, l’équipe de la radio étudiante de l’Académie a eu la chance de s’entretenir avec l’artiste pour en connaître un peu plus sur lui. Voici un aperçu de celle-ci accompagné d’une petite introduction.

Cela fait un petit moment déjà que nous nous efforçons, à la radio étudiante, de faire renaître l’intérêt des gens. Seulement, dû à des petits problèmes techniques, nous n’avons pu diffuser dans la salle des élèves; rien qu’en ligne. Hélas, la plupart des gens ignorent même l’existence d’une radio à l’Académie. Voilà pourquoi nous nous efforcerons de travailler en collaboration avec le Chroniqueur. Il n’est que naturel pour les médias étudiants de s’allier entre eux.
Le 21 mars dernier, nous, étudiants de cinquième secondaire, avons eu la visite de Mathieu Lippé, un auteur-compositeur-interprète-slammeur-conteur (ouf!) que nous ne connaissions pas tellement. Depuis Noël, la radio AAM organise des entrevues avec des artistes québécois, entrevues qui se retrouvent sur notre site. Nous avons donc profité de la visite de cet artiste, ô combien polyvalent, pour lui poser quelques questions, Catherine Laporte, Lou Savoie Calmette et moi-même, Vanessa Huard-Zamorano.

À LA DÉCOUVERTE DE MATHIEU LIPPÉ

Lou: Première question, on voudrait savoir: quel genre d’élève étais-tu au secondaire?
Mathieu Lippé: Ah! Super bonne question. J’étais un élève qui parlait beaucoup, à beaucoup de monde, à différentes gangs, j’étais un peu… J’étais très « vedette d’école ». Je prenais beaucoup de place: je faisais de l’impro, je faisais de la musique. J’étais aussi quelqu’un qui, dans la classe, était quand même un peu « tannant », mais pas trop. Moi, je faisais des jokes sur ce qui se passait: j’étais pas du genre à créer quelque chose et déranger. J’écoutais et j’essayais de saisir le moment où, justement, par rapport à ce qui était dit, je pouvais faire une blague pour que ça ne dérange pas trop le professeur, pour que je puisse faire mon show, parce que j’aimais ça. En gros c’est ça, je faisais mon show [rires]. J’étais pas trop studieux, parce que j’étais assez bollé, mais plus dans le sens que je n’avais pas besoin de faire d’efforts. Si j’avais fait plus d’efforts, je serais sûrement meilleur aujourd’hui! [rires]
Vanessa: Comment définirais-tu ton style musical?
Mathieu Lippé: Mon style musical est un style d’exploration. À la base, c’est guitare-voix, la plupart des chansons que je fais, c’est guitare-voix. Après ça, c’est teinté de ce que j’écoute et de ce que j’aime. Donc des fois ça peut être folk, des fois c’est peu plus dansant, disco ou électro, des fois ça peut être une ballade. Parfois, ça peut être influencé par la musique du monde: j’écoute beaucoup de musique du monde, et j’ai voyagé beaucoup, aussi. J’ai fait de la musique en Inde, j’ai fait beaucoup de musique avec les Africains, et des choses comme ça, alors ça va teinter ma musique, mais pas nécessairement de manière évidente, pas à la première écoute. Alors je dirais que c’est un genre de musique exploratoire…

Vanessa: Exploratoire?
Lou: C’est intéressant.

Catherine: Alors en fouillant un peu sur ton site, on a découvert que t’as commencé à faire du slam en 2007. Qu’est-ce qui t’a attiré vers ce style-là?
Mathieu Lippé: Quand j’ai commencé à écrire de la poésie, j’avais treize ans. Dans un de nos cours on apprenait à taper à la dactylo. Je sais pas pourquoi, on avait des livres; il fallait apprendre le traitement de texte, puis il n’y avait pas assez d’ordis pour tout le monde. Donc, il y avait la moitié de la classe qui se pratiquait à écrire avec des dactylos, et il fallait écrire ce qu’on avait dans des cahiers. Comme je n’avais pas nécessairement envie d’écrire les choses du cahier, je me suis dit : «L’idée c’est d’apprendre à écrire, alors je vais inventer des choses.» Alors, j’ai inventé de la poésie à ce moment-là, c’est sorti comme ça. Et c’est toujours resté. Et donc après ça j’ai eu une guitare, j’ai commencé à faire des spectacles, j’ai appris des chansons, je faisais des reprises, j’ai chanté dans des brunchs, à Cégep en Spectacle… De fil en aiguille, j’ai fait mes propres spectacles. Jusqu’au moment où j’avais des spectacles où je racontais les histoires de mes chansons. Ensuite, j’ai entendu parler du conte, et j’ai commencé à faire des spectacles de contes. Et avec la poésie et… Je me rappelle de l’avoir découvert [le slam] assez rapidement. Je me rappelle d’avoir été au CÉGEP quand j’ai fait ça. C’est que j’avais composé une chanson, puis, à un moment donné, j’ai laissé tomber ma guitare et j’ai juste… dit le texte. Je sentais qu’il y avait une magie qui opérait différemment quand on laissait tomber la guitare et qu’on tombait dans le dépouillement complet. Avec des silences, qui s’étiraient; et des mots, des mots qui résonnaient dans l’air…

[La cloche nous interrompt. Nous rions tous.]

Mathieu Lippé: Ouais, comme ça qui résonne. Donc, j’ai exploré la poésie orale de cette manière-là. Puis, un jour, j’ai entendu un poète qui faisait de la poésie orale. Tous les poèmes que j’avais lus, il les avait appris par cœur, lui. Et alors je redécouvrais des poèmes de Baudelaire, de Rimbaud, de Nelligan, de Jaques Prévert et je me disais: «Oh, wow, c’est ça la poésie pour moi, c’est orale, ça doit rentrer, ça doit vibrer ça doit être porter par le corps, la chair, la sensualité de quelqu’un, puis être livré comme ça, devant un auditoire qui a l’impression que ce poème est dit pour la première fois.» Et j’ai commencé à faire ça dans mes spectacles. Quand je suis allé habiter à Montréal, en 2007, j’ai découvert la scène slam, j’ai rencontré Ivy, qui est devenu un bon ami. Quand je l’ai rencontré, je lui ai dit: «Hey, ben moi aussi j’en fais de la poésie!» Parce que oui, j’en faisais déjà de la poésie. C’est ce qui est intéressant: on appelle ça « slam », mais « slam » n’est qu’un autre mot pour « poésie ». Depuis le début que je parle de poésie, même si vous m’aviez posé la question sur le slam. C’est que le slam est un courant de poésie qui revient, qui a remis la poésie orale, avec des rimes, rythmées, à la mode. Mais la poésie a toujours été là; je trouve que c’est un peu comme… Depuis les dernières années, la poésie avait l’air un peu quétaine, vous savez, réservée à certaines personnes, voire hautaine, mais poésie, elle veut être libre, elle veut se redéfinir comme elle veut. C’est comme une femme libre, qui traverse les époques, qui ne meurt pas, une immortelle. Et à un moment donné, elle se rend compte en 2014, 2010, 2007, que « oh c’est plate, les gens trouve ça plate la poésie, je vais aller me changer. » Puis là elle rentre dans une boutique, elle se teint les cheveux [rires], elle sort avec son manteau, elle se met des bottes, puis elle sort dans la rue et elle dit: «Je ne suis plus la poésie, je suis le slam!» Mais c’est la même chose: l’essence, c’est toucher les gens, c’est les choquer, les provoquer. Puis le slam remet de l’avant les choses. Parce que la poésie est devenue très formelle, écrite, avec des sens plus abscond, difficiles à comprendre, où on ne comprend pas trop ce qui se dit, que c’est comme trop… Mais que tu creuses et que tu finis par découvrir, en cherchant. Sauf que la poésie slam se veut très démocratique, très » avec le peuple », les gens écoutent, participent, ils peuvent monter sur scène, faire leur poème, et bref, voilà comment faire cinq minutes avec une question! [rires]

Lou: Mais ça va très bien.

Vanessa: Donc tu parles de poésie et tout mais… Sur quels sujets préfères-tu écrire?
Mathieu Lippé: Ah, c’est intéressant. Quand j’ai commencé à faire mes spectacles, j’ai réalisé que pour faire un spectacle complet, il faut passer par un cycle d’émotions. Imaginez un cercle. Au début d’un cercle, il y a certainement quelque chose de haut, de grand, comme la joie, le bonheur, l’espoir, le début de l’aventure. Puis ensuite oups! On entreprend le cercle qu’on descend. Peut-être un petit plaisir dans la descente, un petit plaisir coupable. Puis vers le milieu du cercle, il y a peut-être une nostalgie du temps où on était en haut, il y a peut-être une sorte de tristesse. Puis là on descend, on arrive en bas et c’est le désespoir, la noirceur, la nuit, la colère! Puis ensuite on remonte, puis c’est la révolte, puis la transcendance, la conscience, l’illumination, l’effort, le courage, l’espoir, puis hop! On revient. Je me suis dis que ce serait bien de faire une poésie capable de tourner dans le cercle des émotions pour créer quelque chose d’humain, aller chercher les gens. Donc c’est ce que j’essaie de faire, de cerner de plus en plus dans mon œuvre où un texte va aller dans les émotions. On a tous des émotions qui prédominent dans chacun de nous. Je suis quelqu’un qui va parler d’un aspect plus positif de la vie, plus lumineux, je me situe pas mal du côté de la lumière. Alors je vais traiter des petits bonheurs, je vais parler de choses qui viennent toucher ma conscience, mon éveil personnel en tant qu’être humain : le temps qui passe, la vie, la mort, le sens de nos vies. Qu’est-ce qu’on fait ici? On est là, dans une classe, et on fait une entrevue, mais on est aussi sur une planète dans l’Univers en ce moment. Qu’est-ce qui se passe? C’est ce côté mystérieux de la vie. Puis en même temps des sujets très humains, comme l’intimidation à l’école, la violence conjugale, l’infirmière qui travaille, un petit garçon dans un hôpital, le désir de se reprendre en main, avec un peu d’humour, en s’écriant « HEY! », des choses comme ça…

Lou: Tu viens de mentionner la violence conjugale. T’as écrit une chanson là-dessus, « La douceur » mais du point de vue de l’agresseur. C’était comment d’écrire une chanson du point de vue d’un agresseur?

[…]

Envie de connaître la réponse? Allez écouter l’entrevue complète en cliquant le lien ci-dessous. Nous vous invitons à écouter nos autres entrevues, celles qui sont déjà faites, et celles qui viendront.

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Catégories :Actualités, Culture, Divertissement, Entrevues

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