Le jeu de la guerre

  Froide soirée d’automne. La température chutait, exemple flagrant du changement de saison. Aux abords de la mer, un vieil homme observait tranquillement le lent déclin du soleil. Une main posée sur sa canne finement sculptée, il songeait. On pouvait distinguer ,dans le lointain, son château, citadelle fortifiée contre les armées adverses. Le vieillard, monarque d’un royaume où la paix régnait, scruta son reflet dans l’eau. Ses cheveux blancs autant que ses nombreuses rides signifiaient son âge avancé tout comme ses joues tombantes et le bleu délavé de ses yeux. De plus, une blessure de guerre le torturait à chacun de ses pas. Il avança, pieds nus dans le sable fin, clopin-clopant en s’appuyant sur sa canne. S’il pouvait, comme la mer, défier le temps ! Malheureusement, malgré toutes les victoires, tous les conflits, toute la bonté partagée, la mort viendrait le prendre sous peu et l’enterrer dans les profondeurs abyssales de la terre.

  Ce fut à ce moment que le coursier chargé d’une missive vint à la rencontre du vieillard. « Majesté, une lettre vous a été portée du royaume voisin. » déclara-t-il. Le vieil homme, mécontent de se faire déranger en cette heure de réflexion, s’empara brusquement de la correspondance. Ses yeux la fouillèrent, cherchant la source du problème. Plus le monarque lisait, plus son visage blêmissait. Le bruit des vagues s’étouffa, l’air glacial s’engouffra dans ses habits royaux qui ne le protégèrent point et un lourd poids se posa sur ses frêles épaules. Le vieil homme, en proie à l’angoisse, marcha sur la plage, puis trébucha. Ses genoux ne pouvant le soutenir à eux seuls, il chuta au sol malgré sa canne. Le coursier se porta à son secours, cependant le roi refusa avec colère. Se voir ainsi l’enrageait, surtout lorsque son royaume venait d’entrer en guerre.

  Quelques instants plus tard, le vieil homme observait l’horizon d’où surgiraient les bateaux adverses. Il se souvint qu’autrefois, il n’aurait pas réagi de la sorte, mais plutôt avec fougue et bravoure. Nostalgique, le vieillard pensa à sa jeunesse d’antan, à son bras fort qui maniait l’épée comme nul autre et à ses discours qui soulevaient son armée tout comme sa populace. Les souvenirs affluèrent pendant tout le crépuscule et, impuissant, il se laissa bercer par l’espoir mêlé à la peur de la mort. Son temps était fini, il le savait. Son corps fatigué avait pris du poids et ses perceptions s’étaient émoussées. S’il ne participait pas à la guerre prochaine, il expirerait son dernier souffle cette nuit-là. Le bruit des vagues le berça doucement, lui permettant d’oublier quelques instants. Néanmoins, une dernière tâche lui incombait. Une brise fraîche souffla dans ses cheveux blancs. Il la vit comme un signe de chance.

  Plus tard cette soirée-là, alors que la lune avait pris sa place dans le ciel, tous les guerriers se réunirent sur la plage afin d’accueillir l’ennemi. L’endroit était silencieux, hormis le doux raclement des vagues, qui apaisait les cœurs anxieux. Le roi avait revêtu son armure rutilante qui serait bientôt maculée de sang. Son heaume dans une main, son fourreau lourd d’une lame contre sa hanche, il observait ses soldats. Il en dénombra plus d’un millier et fut satisfait. « Mes frères combattants, commença-t-il, c’est un honneur de guerroyer à vos côtés. Les princes richissimes pensent peut-être pouvoir voler nos ressources, il nous incombe donc de défendre nos valeurs communes… » Le discours se poursuivit jusqu’à ce qu’on aperçoive des points noirs au large. À ce moment précis, une voix interpella le roi :  » Philippe, il se fait tard, rentre à la maison ! » Le garçon releva la tête de son château de sable avec une moue boudeuse, avant d’abandonner ses jouets à la marée montante.

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Catégories :Création, Divertissement

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