Goûter d’un soir macabre

Ayant récemment emménagé dans ce nouveau quartier, je crus qu’il était important de créer de bonnes relations entre voisins, mais jamais je n’aurais pensé que ce voisin-ci me ferait damner à ce point! Cela devait faire une demi heure que je patientais sur son balcon alors que celui-ci finissait ses préparations… Il m’avait averti que je devrais attendre un bon moment, mais, étant en été, j’avais cru que l’attente dans cette rue calme me permettrait de m’accoutumer aux environs. Malheureusement, la fraîcheur ambiante avait rapidement fait place à une chaleur écrasante et le soleil asséchait rapidement mes pauvres yeux fatigués. J’avais tellement pleuré et eu seulement quelques heures pour emballer mes maigres biens et me séparer de ma bien-aimée. Quoiqu’on puisse en penser, j’avais mérité cette séparation, mais je ne m’étais pas préparé à une telle crise de panique de sa part. Enfin, passons…

Finalement, j’entendis des pas se rapprocher de moi depuis l’intérieur de la maison. Je fus pris d’une envie de reculer, m’enfuir, pour ne jamais avoir à découvrir le fruit de cette longue préparation. Rigide comme le marbre, je restai droit comme un piquet durant l’ouverture lente et presque menaçante de la porte surprenamment massive. Une femme rondelette, dégageant un aura jovial et enjoué m’apparut, sourire aux lèvres. Étrangement, je ne pus me débarrasser du sentiment que ce sourire cachait des sentiments complexes, comme si un conflit de valeur faisait rage en elle. Elle me rappelait une serveuse à laquelle on aurait donné une billet de 100$ au lieu d’un de 10$, gênée par sa malhonnêteté, mais excitée par le joyau qu’elle porterait au cou le lendemain. J’entrai…

Le premier aspect frappant de cette étrange demeure était évidemment les murs oscillants et irréels de couleur vert , meublant un couloir qu’on n’aurait cru pouvoir être aussi long après avoir analysé rapidement la maison de l’extérieur. Je suivis alors rapidement la petite dame qui marchait d’un pas vif dans une sorte de transe. Sans moi-même le croire, je suivis ce chemin vers ce qui semblait avoir comme fonction première la cuisine.

Je regrettai fatalement les murs dilués de vert du couloir pour entrer dans la pièce dont la tapisserie semblait être faite de chair vivante. Enfin, quoi de plus normal, il fallait bien cuire quelque chose! Qu’aurions-nous mangé sinon! Enfin, malgré mon entrain à me convaincre du contraire, il était évident que quelque chose clochait. La naine me conduisit à la prochaine salle, tout au fond, et je dus faire preuve de précaution lorsque je passai devant le menaçant lave-vaisselle et la bouillonnante friteuse.

Finalement, le dernier arrêt, la salle a manger. Le bon voisin dont je ne connaissais même pas le nom me toisait d’un regard sérieux, puis me dit le plus naturellement du monde: «Quel bon vent vous amène, mon cher croque-monsieur?» Décontenancé par cette introduction qui habituellement m’aurait paru comique et charmante, mais, sur le coup, me paraissait étonnamment morbide, je répondis qu’il m’avait invité a souper. Amusé, il rétorqua:  « Chérie, le chef nous a envoyé son plat du jour!»

Malgré la panique qui m’envahit lorsque je réalisai la situation merdique dans laquelle je m’étais fourré jusqu’aux dents, je sus exactement comment réagir. Devant moi se tenait un monstre innommable et, derrière, une géante abomination aux dents de rasoir semblables à de la soie. Pour m’échapper, il était primordial de reculer, décision logique devant la masse empoisonnée assise à table. M’élançant entre les jambes grotesques de ce qui fut une femme plus tôt, je rejoignis la cuisine. Aussitôt s’élança sur moi la friteuse, chienne de garde de l’affreux couple. L’attrapant au vol, je la redirigeai vers sa maîtresse. Comme la traîtresse qu’elle était, le clébard mordit sa gardienne au visage, ou ce qui semblait l’être, de ses dents huileuses et bouillantes. Sonné, je pris le cadavre rigide de cette friteuse frétillante, puis détruisit définitivement le visage de cette chose.

Paniqué par ma rébellion et par la fuite de son repas, le poids titanesque et juteux de pus et de différents liquides fécaux se précipita sur moi. L’adrénaline étant à son maximum, je me précipitai vers un des tiroirs de la cuisine, rebondissant sur les murs mouvants, puis j’en sortis une fourchette s’apparentant plus à une fourche miniature, comme celles dont on s’imagine équipés les petits diablotins de l’enfer. Prenant mon courage à deux mains, je fonçai sur le tas bouillonnant de liquide amniotique et semence morte, souvenir d’un homme à la libido depuis longtemps rancie. Bien que cette décision semblait folle, la logique l’avait dictée, dû au fait que je me croyais incapable d’échapper à Ça tout du long du couloir d’entrée. Étonnamment, le moment où je percutai la chair molle cadavérique, elle cessa de s’agiter. Je me laissai tomber vers l’arrière alors que la carcasse faisait de même.

Je restai assis durant ce qui fut des heures et, lentement, la scène devant moi reprit des couleurs normales. Le gros homme était étendu de toute sa longueur sur le sol graisseux, dernier souvenir du pauvre instrument de cuisine canin. La petite grosse gisait sur le côté, un rictus étonné sur le visage, figé grâce à sa rigidité cadavérique. Je les avais bien eus, ces salauds! Dans ce genre de situation, c’est tué ou être tué et ça, je l’ai compris plus tôt. Après tout, être obligé de tuer votre propre âme sœur parce qu’elle se transforme en porteuse de l’antéchrist, ça forge le caractère! Elle aussi avait pris cette forme lugubre et on dirait bien que l’esprit du sordide nourrisson l’avait suivi jusqu’ici.

Au final, c’est mieux comme ça…

Mieux que d’avouer mes torts…

Quoi? Je n’aime pas les bébés!

Fin…

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Catégories :Uncategorized

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